Mohamed Ali Eltaher
 

Biographie

>

Page 29

ELTAHER ET LES RÉALITÉS ARABES

Tout le long de sa vie Eltaher fut un nationaliste arabe fidèle, pour qui l’Islam représentait le cadre culturel d’une civilisation à travers laquelle vivait et œuvrait la nation arabe avec ses diverses composantes ethniques et religieuses. Cependant, il n’était pas pratiquant du point de vue religieux. Que les gens soient arabes, kurdes, berbères, indiens, indonésiens, afghans, chrétiens ou musulmans de toute les tendances et croyances, cela n’avait aucun rapport ou influence sur ses relations avec eux. Son fils fut inscrit chez les Frères des écoles chrétiennes au Caire. Sa fille aussi fréquenta les écoles des sœurs au Caire et à Beyrouth. Dans son livre “Moataqal Huckstep” il mentionna que les détenus politiques parmi les Égyptiens de confession juive incarcérés pendant la guerre de Palestine de 1948 l’avait reconnu dans le camp d’internement Huckstep et lui souhaitèrent un joyeux Eid! Tout cela illustre le fait qu’il soutenait tous ceux qui ont été traités injustement à cause de leur lutte contre l’injustice et l’oppression. Cela se reflétait dans les articles qu’il écrivait, dans les livres qu’il publiait ainsi que dans ses relations sociales, qui allaient au-delà de toutes limites géographiques, religieuses et idéologiques.

À cause de ses principes politiques et nationalistes, et ses prises de position féroces contre les puissances coloniales, celles-ci étaient naturellement hostiles à son endroit et se sont plaintes fréquemment auprès du gouvernement égyptien de son soutien aux peuples arabes et islamiques sous leur emprise coloniale. Lors d’une telle occasion, l’ambassadeur d’Italie en Égypte s’était plaint directement au premier ministre Mohamed Mahmoud Pacha. L’ambassadeur demanda au premier ministre de bâillonner Eltaher, qui, selon l’ambassadeur, était “un étranger abusant de la bienveillance et de l’hospitalité de l’Égypte en provoquant le peuple libyen contre les autorités coloniales italiennes”, et que, “en tant que pays ami de l’Italie, l’Égypte ne devait pas lui permettre de nuire aux relations de ce pays avec le gouvernement du Duce Benito Mussolini”. Mahmoud Pacha répliqua que selon lui, en tant qu’Arabe résidant en Égypte, Eltaher était comme tout autre Égyptien. Il ajouta que malgré le fait qu’il n’ait jamais rencontré Mohamed Ali Eltaher auparavant, mais avait certainement entendu parler de lui, il ne pouvait qu’apprécier son point de vue vis-à-vis du colonialisme, et qu’il partageait son opinion à l’effet que les Italiens maltraitaient les Libyens.

Les écrits d’Eltaher portaient aussi sur les dossiers et les faits relatifs à la perte de la Palestine en raison de l’incompétence flagrante des gouvernements arabes, et au moins un cas d’association criminelle avec l’ennemi. Quelques historiens Juifs et Israéliens n’ont pas donné à ces manquements l'importance requise dans leurs oeuvres historiques, ou les ont tout simplement ignorés, peut être pour conférer tout le crédit aux exploits de leurs propre combattants. Par exemple un nombre d’historiens Israéliens et Jordaniens continuent aujourd’hui de décrire le rôle inexcusable joué par le roi Abdallah I de Jordanie pendant les années de lutte, lorsqu’il complotait avec les Juifs contre les Palestiniens, continuent de décrire se rôle comme étant celui d’un homme astucieux et de grande vision.

Dans une entrevue avec le magazine hebdomadaire « Rose El-Youssef » le 15 mai 1936 au sujet de la Grande révolte en Palestine qui faisait rage en ce temps, Mohamed Ali Eltaher a déclaré que « la Palestine était au milieu d’une sixième révolte dans l’espace de quinze ans par ce-que les Anglais poussaient les Palestiniens activement à quitter leur pays afin de faire installer les Juifs à leur place »… Il a souligné que la révolte de 1936 était dirigée contre l’autorité coloniale britannique et que le motif émanait de l’amour propre de la nation, le besoin de défendre son existence et l’amour de leur patrie ».

Eltaher a rappelé que « les Anglais étaient venus en Palestine comme alliés de la nation arabe, mais les ont traités comme un peuple colonisé. Pas seulement ça, effectivement les Anglais cherchaient une nouvelle route vers les Indes à nos dépens en créant une base qui ne leur coûterait rien. C’est ainsi qu’ils emmenèrent les Sionistes de partout dans le monde, leur attribua nos terres, et maintenant ils constituent le tiers de la population. Bientôt ils seront la majorité ». 

Il a aussi ajouté « qu’au début les palestiniens avaient tort de combattre les Juifs comme étant la source de leurs malheurs, ce qui s’est passé au cours des révoltes antérieures en 1920, 1921 et 1929. Finalement ils ont réalisé que la source de leur malheur était la présence coloniale britannique. C’est alors qu’ils ont concentré leur révolte contre les Anglais eux-mêmes comme en 1930 et en 1933 ».

Au cours de l’entrevue, Mohamed Ali Eltaher a souligné au reporter du magazine « Rose El-Youssef » que les Anglais « ont fait de leur mieux afin de dissimuler les raisons de la révolte en prétendant qu’ils n’étaient que des émeutes entre Arabes et Juifs. C'est-à-dire que les Anglais étaient des anges innocents, et ne voulaient qu’établir l’ordre et la paix, et empêcher les deux parties de s’attaquer mutuellement. La réalité était toute autre, car c’étaient bien les soldats britanniques qui attaquaient la population et poursuivaient les Musulmans et les Chrétiens et leur tiraient dessus, même lorsque personne ne confrontait ces troupes ».

Eltaher s’était souvent aussi attardé sur la myopie ou l'entêtement démontrés par certains leaders palestiniens. Il n'a même pas épargné de ses critiques son ami de longue date, le leader le plus senior, c'est-à-dire le Mufti de la Palestine, Haj Amin El-Husseini. Tous ces facteurs réunis ont permis aux Juifs de s’emparer du pays et de l’arracher à son peuple plutôt facilement. Ils ont ainsi acquis un pays complet avec ses maisons meublées, ses armoires pleines d’habits et de jouets, ses écoles, ses voitures, ses champs cultivés, ses vergers fleuris, ses récoltes que les paysans palestiniens n’avaient pas pu moissonner, ses eaux sous-terraines et en surface, ses ports, aéroports, plages, et même l’air qu’il respire.


Le commandant de la résistance palestinienne Aref Abderrazeq (x)
avec les membres de son état major Hamad Zawata, Mohamed Al-Amr
et la Garde de fer lors de la Grande révolte de 1936-1939

Page précédente
Page suivante
 
© 2017 Eltaher.org | Contact