Mohamed Ali Eltaher
 

Biographie

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LE MOUVEMENT DES OFFICIERS LIBRES EN ÉGYPTE

Le jour où les Officiers libres, dirigés par le Colonel Gamal Abdel-Nasser, font leur coup d’état en Égypte, communément appelé Révolution du 23 juillet 1952, Eltaher et sa famille passaient un petit congé à Alexandrie au bord de la Méditerranée. Le roi, ainsi que la famille royale, le gouvernement égyptien et le corps diplomatique accrédité en Égypte y passaient chaque année les mois d’été pour éviter la chaleur insupportable au Caire.

Comme tous les nationalistes égyptiens, Eltaher soutenait le Mouvement des officiers libres et recevait parfois les tracts secrets que les officiers distribuaient avant leur coup d’État. Quoique particulièrement irrité par le rôle des comparses qui jouaient le jeu du colonisateur britannique en Égypte parmi les fonctionnaires égyptiens, surtout au sein de la police, au bureau de la censure, au ministère de l’Intérieur, dans les services spéciaux (El-Qalam El-Makhsous), dans la Direction des affaires arabes, et dans l’Administration des étrangers, qui le considérait comme un “étranger”, Eltaher n’était pas opposé à la monarchie en tant que telle. Si le comportement personnel du roi Farouk et l’état de débauche répandu vers la fin de son règne étaient devenus inacceptables, soit officiellement, soit pour le peuple, il serait injuste de mettre l’accent uniquement sur le côté négatif de sa personnalité, sans souligner quelques unes de ses actions positives tel qu’il sera démontré par la suite dans ce site.

Le nouveau régime révolutionnaire éventuellement prit la position de ne pas traiter avec les nationalistes populaires de l’Égypte. Il avait parfois tendance à chercher l’appui de ceux qui avaient collaboré avec les Britanniques à l’époque de l’ancien régime, et de les utiliser contre les nationalistes.

Avec le Général
Mohamed Naguib
en 1953

Eltaher figurait parmi ceux qui ont subi le même traitement du ministère de l’Intérieur qui lui a interdit de republier “Ashoura” même après que le permis de publication ait été rétabli durant la très courte présidence du général Mohamed Naguib, chef du Conseil révolutionnaire et premier président de l’Égypte. Le ministère de l’Intérieur ordonna à Eltaher de signer un engagement de ne pas publier son journal “Ashoura”. Et lorsque les objections du public à cette décision se sont multipliées, on le força de signer un autre engagement selon lequel il s’engageait “... à ne pas essayer de publier le journal”.

Après avoir vécu cette expérience et noté le traitement que les nationalistes égyptiens, autant les hommes que les femmes, de longue date avaient dû subir, alors que plusieurs d’entre eux étaient des amis intimes de certains membres du Conseil de la révolution, il réalisa avec beaucoup de peine que l’Égypte avait changée.

En avril 1955, saisissant l’occasion présentée par une invitation du brigadier Chaoukat Choucair, chef d'état major de l’armée syrienne, d’assister au défilé commémorant l’indépendance de la Syrie de la France le 17 avril 1947, Eltaher s’envola vers Damas pour un séjour qui ne devait pas dépasser quelques jours. Ni lui ni sa famille n'auraient pensé que c’était la dernière fois qu’il verrait l’Égypte, sa patrie depuis 1912, alors qu’il s’y était rendu à bord d’une barque de pêcheurs en provenance du petit port de Jaffa vers Port Saïd. Eltaher ne vit plus jamais l’Égypte. Il est donc mort par la suite sans réaliser son rêve de “... retourner dans sa patrie adoptive où il avait passé cinquante ans de sa vie, et rêvait de revoir son ami et soutien Moustafa El-Nahhas Pacha avant sa mort”, tel qu’il le répétait de temps à autre20.

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